Mali : après le massacre de plus de 130 personnes par des terroristes, les populations locales réclament la protection de l’Etat

Mali : après le massacre de plus de 130 personnes par des terroristes, les populations locales réclament la protection de l’Etat

Au moins 132 civils et peut-être bien plus ont été tués au cours du week-end dernier dans le centre du pays par des hommes de la katiba Macina, affiliée à Al-Qaida.

Des dizaines de Maliens ont manifesté mardi 21 juin à Bankass, dans le centre du pays, pour réclamer la protection de l’Etat après le massacre attribué à des djihadistes d’au moins 132 civils et peut-être bien plus dans des villages voisins. Le Mali a connu au cours du week-end l’un de ses pires carnages de civils, qui est aussi la dernière tuerie en date d’une série en cours à travers le Sahel.

Selon le gouvernement, 132 civils ont été tués à Diallassagou et dans deux localités environnantes, à quelques dizaines de kilomètres de Bankass, par des hommes de la katiba Macina, le groupe du prédicateur peul Amadou Kouffa affilié à Al-Qaida.

Un élu de la région s’exprimant sous le couvert de l’anonymat a parlé de « plus de 200 morts et disparus »« On n’a jamais vu ça au Mali. L’Etat doit faire quelque chose », a-t-il précisé à l’AFP. Un responsable policier a rapporté que de nouvelles dépouilles avaient été retrouvées mardi.

Le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, a décrété trois jours de deuil national. Le gouvernement a dépêché mardi sur les lieux, à 500 kilomètres au nord-est de Bamako, une délégation de quatre ministres conduite par l’un des hommes forts de la junte, le colonel Ismaël Wagué.

Spirale mortifère

Ils ont exprimé leur compassion et se sont arrêtés à l’hôpital de Mopti où sont soignés une partie des blessés. « Nous leur avons remis des enveloppes symboliques de la part du président de la transition », le colonel Goïta, a souligné la ministre de la santé Diéminatou Sangaré.

Les militaires arrivés au pouvoir à Bamako en 2020 après des mois de contestation dirigée contre l’incapacité du gouvernement civil à stopper la spirale mortifère ont réaffirmé lundi que la sécurité des personnes restait leur « priorité absolue ».

Mais cela n’a pas suffi aux populations de Bankass, chef-lieu du secteur. « Que les autorités pensent à nous », se lamentait devant les journalistes une femme qui n’a pas donné son nom, après une marche à laquelle ont participé plusieurs dizaines de personnes dans les rues de Bankass pour réclamer la sécurité.

« On a massacré tous nos proches. J’ai perdu mes deux enfants. Je n’ai plus de raisons de vivre. Regardez vous-mêmes : nous sommes martyrisés, violentés, abandonnés », gémissait-elle avant d’éclater en sanglots. Un leader des jeunes de Bankass, demandant à ne pas être identifié, a indiqué que des manifestants avaient bloqué la route nationale qui mène à Mopti.

« Désobéissance civile »

Un collectif se disant composé d’élus et de représentants de la société civile a décrété la « désobéissance civile » jusqu’à nouvel ordre. « A part la santé, tous les services publics ont été bloqués. Presque personne n’a travaillé », a précisé le représentant des jeunes.

La classe politique bamakoise a unanimement exprimé sa sympathie tout en exaltant une nouvelle fois l’union autour des forces armées. Mais le Cadre d’échange, regroupement d’une dizaine de partis, rare voix critique, et la Commission nationale des droits de l’homme ont pressé les autorités de prendre des mesures pour que de telles tragédies ne se reproduisent pas.

Des élus locaux relatant les faits survenus ce week-end ont rapporté l’arrivée de dizaines de djihadistes à moto, la rafle et le massacre des hommes, la destruction des échoppes par les flammes, le pillage des villages et le vol de bétail. Le bain de sang aurait culminé dans la nuit de samedi à dimanche.

Les populations ont fui quand elles le pouvaient. Comme souvent, les informations ont mis du temps à remonter de ces zones rurales reculées, peu connectées et difficiles et dangereuses d’accès.

Crise sécuritaire, politique et humanitaire

Depuis l’apparition en 2015 de la katiba Macina dans le centre du Mali, la région est livrée aux exactions djihadistes, aux agissements des milices proclamées d’autodéfense et aux représailles intercommunautaires. Le 23 mars 2019, plus de 160 civils peuls avaient été massacrés dans le village d’Ogossagou.

Mais c’est tout le Mali qui est plongé dans une profonde crise sécuritaire, politique et humanitaire depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et djihadiste en 2012 dans le nord du pays. La propagation djihadiste a gagné le centre et les pays voisins, le Burkina Faso et le Niger.

Les violences ont fait des milliers de morts, combattants et civils, et des millions de déplacés dans l’une des régions les plus pauvres de la planète. La junte s’est détournée ces derniers mois des anciens alliés militaires du Mali, à commencer par les Français, et tournés vers les Russes.

Mais le pays a connu une série de tueries, en particulier dans les régions de Ménaka (nord-est) et de Gao (nord), et dans la zone dite des trois frontières, aux confins du Niger et du Burkina Faso.

Les événements de Diallassagou suscitent un certain nombre d’interrogations. Les tueries en masse portent davantage la marque des groupes affiliés à l’Etat islamique qu’à Al-Qaida. Mais la zone de Bankass est bel et bien le champ d’action de la katiba Macina.

Nouhoum Togo, président d’un parti ayant son assise à Bankass, a parlé auprès de l’AFP de représailles des djihadistes contre les locaux. L’armée malienne avait elle-même rapporté avoir mené une opération le 10 juin dans le cercle de Bankass et avoir « neutralisé » six djihadistes. Ces derniers seraient revenus se venger contre les populations, affirme Nouhoum Togo.

Source : Le Monde avec AFP

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